Directives canadiennes 2025 concernant l’activité physique, le comportement sédentaire et le sommeil au cours de la première année postpartum
De nouvelles directives fondées sur des données probantes indiquent la quantité d'activité physique, de comportements sédentaires et de sommeil que les femmes devraient accumuler pendant la période postpartum pour favoriser leur santé et bien-être et celui de l'enfant.
Après l'accouchement, il est recommandé aux femmes qui n'ont pas de restrictions médicales (contre-indications) de suivre une progression graduelle et individualisée pour atteindre 120 minutes par semaine d'activité physique d'intensité modérée à vigoureuse. Il est recommandé de combiner des exercices cardiovasculaires et de renforcement musculaire au moins 4 jours par semaine, et de pratiquer des exercices quotidiens de renforcement des muscles du plancher pelvien pour favoriser la récupération, le sommeil et la cicatrisation. Des niveaux d'activité physique plus élevés favorisent également un sommeil de meilleure qualité et réduisent le risque de dépression. Compte tenu des difficultés auxquelles sont confrontées les femmes et les personnes en postpartum (sommeil perturbé, santé mentale moins bonne, soins et alimentation du nourrisson), il n'est pas toujours possible de respecter les recommandations des directives. Les directives soulignent que même de petits pas vers l’atteinte des recommandations peuvent avoir des effets bénéfiques importants sur la santé, et insistent sur le fait que l’atteinte des objectifs des directives ne peut se faire sans un soutien solide de la part du partenaire, de la famille et de la société.
Nouvel outil d’évaluation : Questionnaire Menez une vie plus active pendant la période postpartum
Le groupe d’experts qui a travaillé sur les directives a mis au point le premier outil d’évaluation préalable à la pratique d’activité physique pendant la période postpartum afin de s'assurer que l'activité postnatale soit débutée en toute sécurité. Le questionnaire Menez une vie plus active pendant la période postpartum est conçu pour être rempli soi-même et permet d’identifier le petit nombre de personnes qui devraient consulter un professionnel de la santé avant de commencer ou de reprendre une activité physique après l'accouchement. Cet outil est disponible dès maintenant!
Préambule :
Il est important de noter que les revues systématiques n’ont pas révélé de hausse du risque d’effets négatifs, notamment de blessures, d’événements indésirables, de crainte à l’égard de l’activité physique ou de diminution de la qualité ou de la quantité du lait maternel. De plus, il a été démontré que l’exercice réduit le niveau de fatigue.
Nos revues systématiques ont également montré que les interventions en lien avec le sommeil (ex. éducation sur les habitudes de sommeil du nourrisson et les stratégies associées) sont liées à une réduction de la gravité des symptômes dépressifs, et que les interventions en lien avec l’activité physique sont associées à une amélioration de la qualité du sommeil et à une diminution de la fatigue diurne.
La période postpartum est une période de transition importante qui comporte des obstacles uniques faisant en sorte qu’il peut être difficile de suivre ces Directives. Un fort soutien social et émotionnel de la part du ou de la partenaire, de la famille et de la société est donc essentiel pour aider les femmes et les personnes en postpartum à surmonter les défis et obstacles associés à la transition de la grossesse au postpartum et ainsi les aider à progresser vers l’atteinte des recommandations.
Pour les femmes et les personnes en postpartum ayant des difficultés à atteindre les cibles de ces Directives, tout progrès, même minime, par rapport aux cibles d’activité physique entraîne une amélioration de la santé physique et mentale. Parallèlement, toute réduction du comportement sédentaire peut également améliorer la santé cardiométabolique.
Ces directives sont basées sur une revue systématique exhaustive de la littérature, l’avis d’experts et une consultation auprès des utilisateurs finaux, et tiennent compte des considérations relatives à la faisabilité, à l’acceptabilité, aux coûts et à l’équité.
Recommandations:
Voici les recommandations des présentes Directives canadiennes 2025 concernant l’activité physique, le comportement sédentaire et le sommeil au cours de la première année postpartum :
Nous recommandons que toutes les femmes et les personnes en postpartum ne présentant pas de contre-indications soient physiquement actives afin d’obtenir des bienfaits cliniquement significatifs (ex. prévenir et réduire les symptômes dépressifs).
Nous suggérons aux femmes et aux personnes présentant des contre-indications potentielles à l’activité physique (voir ci-dessous) d’obtenir l’autorisation médicale d’un·e prestataire de soins de santé primaires (ex. médecin de famille) avant de commencer ou de poursuivre une activité physique d’intensité moyenne à élevée (APME) après l’accouchement. Dans la plupart des cas, la personne pourra faire de l’APME, mais des modifications pourraient être nécessaires jusqu’à ce que le problème médical soit résolu.
Nous recommandons l’accumulation d’au moins 120 minutes d’APME (ex. marche rapide, vélo) réparties sur au moins quatre jours de la semaine et incorporant une variété d’activités aérobiques et d’entraînement musculaire.
Nous recommandons des exercices de renforcement du plancher pelvien quotidiens pour réduire le risque d’incontinence urinaire et réhabiliter les muscles du plancher pelvien affectés par la grossesse, le travail et l’accouchement. Il est recommandé de suivre les instructions d’un·e physiothérapeute qui se spécialise dans le plancher pelvien pour apprendre la bonne technique et obtenir des bienfaits optimaux.
Nous recommandons de commencer ou de reprendre l’APME dans les 12 semaines suivant l’accouchement pour favoriser la santé mentale.
Nous suggérons de commencer la mobilisation précoce par de l’activité physique de faible intensité (ex. marche lente, exercices de renforcement du plancher pelvien) et de progresser vers l’APME une fois que les incisions chirurgicales ou les déchirures périnéales sont suffisamment cicatrisées et que le saignement vaginal (lochies) n’augmente pas lors de la pratique d’APME.
Nous suggérons de suivre une progression personnalisée, graduelle et basée sur les symptômes vers la cible d’au moins 120 minutes/semaine d’APME.
Nous recommandons l’adoption d’une routine d’hygiène du sommeil saine (ex. éviter le temps d’écran et maintenir un environnement sombre et calme avant le coucher) pour favoriser la santé mentale de la mère.
Nous suggérons de limiter les périodes de comportement sédentaire à 8 heures ou moins, ce qui inclut un maximum de 3 heures de temps de loisir devant un écran et une interruption des longues périodes en position assise, lorsque possible.
Toutes les femmes et les personnes en postpartum peuvent faire de l’activité physique après l’accouchement, sauf si l’activité physique ne leur est pas recommandée en raison de leur état de santé (contre-indications énumérées ci-dessous). Celles qui présentent des contre-indications relatives devraient discuter des avantages et inconvénients associés à l’activité physique d’intensité moyenne à élevée avec leur prestataire de soins de santé primaires avant de faire de l’exercice. Elles peuvent toutefois poursuivre leurs activités quotidiennes habituelles.
Le nouveau Questionnaire Menez une vie plus active pendant la période postpartum postpartum a été conçu pour permettre aux femmes et aux personnes en postpartum de déterminer si elles ont besoin de conseils de leur prestataire de soins avant de commencer ou de poursuivre une activité physique d’intensité moyenne à élevée après l’accouchement, et pour réduire les obstacles à la pratique d’activité physique.
Contre-indications relatives à l’activité physique d’intensité moyenne à élevée au cours de l’année suivant l’accouchement
Contre-indications relatives
Bien que les éléments suivants ne soient pas associés à des contre-indications à l’activité physique, un dépistage, un soutien et un traitement supplémentaires par un·e prestataire de soins de santé ou un·e professionnel·le de l’exercice qualifié pourraient être recommandés pour résoudre les obstacles potentiels à l’APME :
Sommaire
La directive canadienne 2025 a été élaborée à l'issue d'un processus rigoureux de près de trois ans, au cours duquel plus de 19 000 titres et résumés ont été examinés. Elle comprend 574 études uniques qui ont été regroupées en sept revues systématiques et méta-analyses couvrant 21 aspects de la santé de la mère et de l'enfant (BJSM). Ces nouvelles directives sont fondées sur des données probantes et abordent des sujets clés identifiés par les femmes en postpartum. Elle souligne qu'il n'existe pas de solution unique et que la progression vers les 120 minutes recommandées d'activité physique d'intensité modérée à vigoureuse doit être individualisée, progressive et basée sur les symptômes. Elle est fondée sur des données probantes, mais elle a été élaborée en fonction de ce que les femmes en post-partum souhaitaient réellement savoir.
Élaboration et collaborateurs
Grâce au soutien financier de la Christenson Professorship in Active Healthy Living, la directive a été élaborée par une équipe pancanadienne de chercheurs, de méthodologistes et de représentants des principales d'organisations de premier plan intéressées. L'élaboration a été dirigée par la Pre Margie Davenport (Université de l'Alberta ; présidente), et codirigée par la Pre Stephanie-May Ruchat (Université du Québec à Trois-Rivières):
- Alejandra Jaramillo Garcia (Agence de la santé publique du Canada)
- Mohammad Usman Ali (Université McMaster)
- Milena Forte (Collège des médecins de famille du Canada)
- Nicole Beamish (Association canadienne de physiothérapie)
- Karen Fleming (Académie canadienne de médecine du sport et de l'exercice)
- Kristi B. Adamo (Société canadienne de physiologie de l'exercice)
- Émilie Brunet-Pagé (Association canadienne des sages-femmes)
- Radha Chari (Société des obstétriciens et gynécologues du Canada)
- Kirstin N. Lane (Société canadienne de physiologie de l'exercice)
- Michelle F. Mottola (Université Western)Sarah Neil-Sztramko (Université McMaster)
Ces directives ont été approuvées par l'Association canadienne des sage-femmes, l'Association canadienne de physiothérapie, la Chartered Association of Sport and Exercise Sciences (anciennement connue sous le nom de British Association of Sport and Exercise Sciences), l’Exercise and Sports Science Australia, ParticipACTION, l'American College of Sports Medicine et l'Académie canadienne de médecine du sport et de l'exercice.